Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 11:12

 

 

Je le sais, la question vous tourmente, vous taraude, vous turlupine, vous gâche même, parfois, mais si, la balade au rayon Tulle-et-clous d'un grand magasin, pourtant si agréable par ailleurs, avec ses foules compactes d'adolescentes surexcitées («Oah vazzzzzyheu prenleu, sa race, il est trobo le petchi top.à paillettes »), son fond musical RnB qui colle aux oreilles comme un vieux reste de barbe-à-papa et son parfum d'ambiance unique, pied-moquette-déo à la fraise.

Prenons un exemple concret : vous venez d'opter pour une minijupette en skaï mauve fluo (oui, même vous, Monsieur). Il faut à présent aller l'essayer.


Première épreuve : la file d'attente devant les cabines. Dix-huit mètres au jugé, soit une bonne demi-heure à poireauter entre une grande blonde dédaigneuse et un bruyant troupeau de gamines (voir plus haut). Ne pas se décourager. Ignorer les regards inquiets qui vont de vous à la jupe, et de la jupe à vous.


Deuxième épreuve : le passage du Vendeur. Posté devant les cabines tel un horse guard devant Buckingham, ou un grizzli devant sa grotte, il Attend. Le torse moulé dans un T.shirt savamment trop petit et les cheveux enduits de gel, il vous tend d'une main molle la plaque de plastique avec un numéro dessus. « Un seul article ? » qu'il dit, en détaillant d'un oeil circonspect la jupe qui se froisse entre vos doigts moites et crispés. Traduction : « tu vas quand même pas essayer d'enfiler ça ma pauvre fille ? J'ai justement des ponchos XXL ultra couvrants invendus de l'année dernière qui pourraient tellement mieux épouser tes formes ». Là encore, ne pas paniquer. Ne pas fournir d'explications détaillées sur le choix du vêtement, genre « heu oui, c'est pour une amie, mais elle a pas pu venir aujourd'hui, sa mère est malade, son chien a de l'eczéma... ». Non. Serrer les dents et avancer jusqu'à la cabine la plus proche. Le plus dur reste à faire.

Troisième épreuve : l'essayage. Il existe plusieurs sortes de cabines. Les pires, celle avec le rideau qui ne ferme pas jusqu'au bout, ou ne descend pas jusqu'au sol, laissant entrevoir chaussettes trouées et mollets velus, sont à affronter avec courage. De même que celles qui ne contiennent pas de miroir. Car, après un moment de lutte silencieuse et intense impliquant un cintre agressif et une fermeture éclair gréviste, il vous faudra sortir et exhiber la jupe en public. Argh. Vous voilà pieds nus, sous les néons blafards, à essayer de vous entrapercevoir derrière une rangée de concurrentes qui squattent la glace commune. Quand tout à coup elles s'écartent, vous ouvrant l'accès à votre image, c'est le choc : ça ne vous va pas si mal. A condition de rentrer le ventre, de rester sur la pointe des pieds pour simuler des talons, de vous déhancher légèrement vers la droite pour compenser une vague asymétrie et d'afficher la moue décontractée de celle qui a tellement l'habitude de ces petites jupes là. Et peu importe si votre voisine de miroir se demande si vous êtes épileptique, déficiente ou nostalgique du Disco. Cette jupe sera vôtre, c'est décidé. Même si elle ne sortira jamais de votre placard.

 

Encore une victoire de l'esprit sur la matière !

 

Par Euphrosyne - Publié dans : Vie pratique
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 15:54

 

Drame animalier en un Acte

 


 

Scène 1

5h42, au bord de la rivière.

Castor, oiseau

 

Oiseau

Salut...

 

Castor

Salut.

 

Oiseau

Je me permets de t'aborder.

 

Castor (regardant sa montre)

C'est à quel sujet?

 

Oiseau

Je te trouve très beau.

 

Castor

?

 

Oiseau

Vraiment sexy.

 

Castor

??

 

Oiseau

Troublant. Excitant. Emouvant.

 

Castor

???

 

Oiseau

Depuis que je t'ai vu, je fais plus dodo. Je picore plus. J'ai même pas migré. Je fais plus rien. Je t'aime.

 

Castor

Allez, ça y est. Un seul débris pervers dans toute la forêt, et faut que ce soit moi qui me le cogne.

 

Oiseau

Je t'en prie, dans la boue froide du matin, permets-moi de te dorloter.

 

Castor

Et puis quoi encore?

 

Oiseau (exalté)

On aurait chaud. On resterait là, blottis l'un contre l'autre. On ne ferait plus qu'un ! Le grand Ornithorinque mythique !

 

Castor

Qu'est-ce que c'est que ces conneries platoniciennes?

 

Oiseau (haletant légèrement)

Et puis, je te ferais l'amour comme un fou.

 

Castor

C'est dégueulasse !

 

Oiseau

Je sais, il vaudrait mieux attendre un peu, apprendre à se connaître, mais je suis si impatient, mon chéri.

 

Castor

Non mais je rêve. Je vais te la faire courte : tes ptérylies m'écoeurent. Tu es une balayette chétive, un fouillis d'os auquel personne, même ta mère, je parie, ne comprend rien.

 

Oiseau

Ma tendresse te déborde, voilà tout.

 

Castor

Alors laisse-moi te dire :je serai débordé par cette extravagante autant qu'odieuse affection quand le dernier des derniers nés de ta puante descendance aura des dents. Petite chose étique, brouture calcifiée aux plumes inutiles !

 

Oiseau (transi du bec)

J'achète tes insultes, pour un baiser.

 

Castor

Mes insultes ne sont pas à vendre, ustensile, je te les offre gracieusement. Et remise donc ce clapet humide.

 

Oiseau

Je t'aime. J'ai envie de ta nudité dodue.

 

Castor (irrité)

Ta mère la poule !

 

Oiseau

On pourrait au moins aller se promener un quart d'heure, pour commencer. Ou manger des spaghetti.

 

Castor

Autant se frotter tout le corps avec une sardine morte.

 

Oiseau

Un truc à trois? ça ne me dérange pas. Je peux t'en présenter, des sardines, si tu veux. J'en connais.

 

Castor

Imbéciloptère

 

Oiseau

Oui.

 

Castor

Mais, Foutrecarpe, as-tu bien observé mes jolies poils?

 

Oiseau

Je les contemple.

 

Castor

As-tu considéré mes membres de derrière, et puis ceux de devant, et leurs extrémités élégamment griffues?

 

Oiseau

Je les admire.

 

Castor

As-tu seulement vu mes moustaches lustrées?

 

Oiseau

Je les désire.

 

Castor

As-tu bien regardé ta pauvre, ta chétive, ta triste cascasse ?

 

Oiseau

Je l'oublie.

 

Castor (très irrité)

Claque-misère, va-nu-pattes, purotin, coquecigrue! Zoopathe, inverti !

 

Oiseau

Je m'appelle Serge.

 

Castor (s'éloignant)

Je m'en fous.

 

Serge (éperdu)

Je peux t'aider, pour ton barrage. Et t'apporter des tas de vers de terre, parmi les plus farouches (qui sont toujours les plus gras).

 

Castor

Beurk.

 

Serge

Donne-moi au mois ton nom, après je m'en irai.

 

Castor

Michael.

 

Serge

Mickaël?

 

Castor

Non, repoussant analphabète! Maille-queul. A l'anglaise.

 

Serge

Love me, please love me.

 

Castor

Dégage.

 

Serge

Je peux pas. Un baiser !

 

Castor

Si je m'approche, connard, ça sera pas pour te trouler une pelle.

 

Serge (en aparté)

Je souffre.

 

 

 

Scène 2

5h56, au bord de la rivière

Serge, Michael, élan

 

Un élan entre.

 

 

Michael

Ah, salut Jipé, tu tombes bien.

 

Elan

ça grignote comme tu veux, Mike?

 

 

Michael (désignant l'oiseau)

Non. Ça couine.

 

Elan

C'est qui, l'empaillé?

 

Michael

Tout un programme.

 

Serge (s'inclinant)

Permets que je me présente, élégant cervidé. Je suis Serge. Le nouveau compagnon de Michael.

 

Michael

Mais je vais finir par lui péter la gueule pour de bon.

 

Elan (curieux, à Michael)

...Tu as plaqué Simone pour ce truc?

 

Serge

...Simone?

 

Michael (à l'élan)

Misère et queue plate, Jipé, tu es bourré ou quoi? T'a les bois dans les orbites?

 

Serge

Simone??

 

Elan

C'est vrai qu'il est pas terrible, ce piaf.

 

Serge

Mike, j'exige des explications.

 

Elan

Je me demande ce que c'est, exactement, cet oiseau.

 

Michael

Un con.

 

Elan

Non, je veux dire, le genre d'oiseau que c'est.... ça ressemble vaguement à une hiette gloutonne, en plus maigre, mais qui aurait des pattes de puputier... A moins que... Cette calvitie partielle fait très glubon gris...

 

Serge (à l'élan)

Ma pauvre mère appartenait en effet à la noble race des puputiers dragueurs. Je n'ai pas connu mon père, mais d'aucuns disent qu'un soire de cuite, un aigle... Je m'égare. (à Michael) je te préviens, même si j'en crève, ça sera cette « Simone » ou moi.

 

Michael

(à Serge) Crève.

(à l'élan) Bon, Jipé, on va pas s'étendre toute la matinée sur cet obsédé sexuel rachitique. T'as mes rondins?

 

Elan

Ben, c'est la mauvaise nouvelle, mon pote. Le pivert a demandé un nouveau délai. Comme quoi il aurait des contretemps, une grève du personnel, besoin d'une ralonge de noisettes imprévue, et patati et patata, enfin, bon, tu le connais... J'ai essayé de négocier, mais on l'a dans le baba pour cette hibernation.

 

Serge

Peut-être pourrais-je m'entremettre. J'ai des accointances avec les piverts, sympathiques cousins xylophiles.

 

Michael

Toi, tu t'entremets où je pense.

Jipé, t'es pas en train de me baiser? Tu croquerais pas de la noisette dans mon dos?

 

Elan

Ho, Mike, take it easy. Depuis le temps qu'on se connaît....

 

Michael

Justement.

 

Elan

Toi t'es à cran.

 

Michael

...

 

Elan

C'est Simone, hein?

 

Michael

...

 

Elan

Elle t'a encore tabassé?

 

Serge

Elle le bat?!?

 

Elan

Elle le bat.

 

 

Ils sortent

 

Fin

 

Par Euphrosyne - Publié dans : Théâtre
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 14:02

 

C'est parfois très délicat. Vous vous demandez certainement, les jours de grande affluence dans les transports en commun, si ce bras gauche, ou ce coude de travers est bien à vous. En cas de doute, pas de panique. Voici dix trucs infaillibles qui vous permettront de répérer les Autres n'importe où, même en voyage, au supermarché ou dans la salle de bains, sans risquer l'erreur :

  1. D'abord et avant tout, les Autres n'utilisent pas votre doigt pour se curer le nez. Ou alors, très rarement.

  2. Les Autres donnent toujours des noms bizarres à leurs grands-parents, même défunts, genre Papouche et Mamichette, alors que vous, bien sûr, vous les appelez Kiki et Choupinou.

  3. Le matin, les Autres sentent toujours le gel douche – ou l'après rasage mentholé - dans l'ascenseur, alors que vous, c'est café et tabac froid dès le réveil.

  4. Dans la rue, les Autres ont toujours l'air d'aller quelque part.

  5. Les Autres ont des habitudes. Le mardi, par exemple, ils ont marché bio ou danse africaine. Alors que vous, de toute façon, vous ne savez même pas quel jour on est.

  6. Au restaurant, les Autres commandent une salade, ou un plat unique. Alors que vous, vous choisissez toujours l'entrée la plus chère, suivie des pieds de porc au saindoux et du sabayon meringué, et ce même à midi, et même avec un déficit bancaire aussi grave que votre surpoids.

  7. Les Autres aiment avoir des « activités » en plein air, alors que vous, vous aimez manger.

  8. Les Autres sont grands et blonds.

  9. Les Autres viennent toujours de voir un film, ou une pièce, ou un concert, dont ils ont très envie de parler, prendant très, très longtemps.

  10. Les Autres sont des adultes responsables, avec leurs clés, leurs agendas, leur plombier et leur ostéopathe, alors que vous, vous êtes un adulte responsable avec vos gribouillages, vos factures impayées, vos séries télé, vos jeux vidéo... et la vieille couverture de Mémé (ou Kiki, ou Choupinou), parce qu'elle sent bon et qu'elle pique.

Par Euphrosyne - Publié dans : Vie pratique
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